Campagne Présidentielle de 2007
Perdre son identité politique ou fonder les prémisses d'une "gauche moderne", à l'origine d'un grand parti de centre gauche, voilà de vieux démons qui ont
toujours agité notre famille politique et l'ont toujours scindé en sensibilités fortes et charismatiques.
D'ailleurs, ce chahut se poursuivra tant qu'aucune issue n'aura été trouvée pour consolider notre base socialiste et regagner un électorat perdu, celui des
classes laborieuses, ou bien prendre le risque d'être déçu après que des velléités isolées se retrouvent le temps d'un gouvernement, de nouveau à droite, dans un camp politique qui représente
pour nous, la bataille culturelle que nous devrons toujours mener. Deux choix, deux visions distinctes.
Certains ne croient plus au clivage politique. Pourtant fermement, j'y crois et je dirais même qu'il est à l'origine de notre liberté politique, de notre
éveil dynamique et de notre élan citoyen. Il est à la base également de l'orientation partisane que nous devons donner à l'histoire pour la bonne tenue de chaque réforme politique qui doit
changer la réalité des choses.
En effet, sans remettre en cause les fondements capitalistes et libéraux, à l'origine du dérèglement planétaire et des inégalités humaines et sociales qui
sont le ferment même de nos luttes idéologiques et partisanes, le Parti socialiste sans la remise en cause en somme de l'ordre établi n'est plus le Parti de la transformation sociale, sommet
idéaliste vers lequel nous devons cheminer.
Alors, je veux bien croire que le TSS, "Tout sauf Sarkozy" peut fonctionner un temps mais la politique au delà des slogans a toujours plus de vigueur et
d'emprises, que chaque rhétorique bien ficelée. De même, je veux bien croire que pousseer Bayrou par delà ses vacuités politiques, dans un
retranchement qui le poussera sans doute vers sa perdition est une bonne chose, dès lors que nous savons que sa posture actuelle et ses désirs n lui
permettent pas de se voir imposer un carcan politique et stratégique.
De ce fait, la proposition d'alliance avec cette personne et ses proches collaborateurs de droite, est idéologiquement une hérésie. Mais d'un point de vue
politique, c'est une sage et fine marche à suivre. Sachant que cette offre sera refusée (elle a été refusée !), tout en étant à l'écoute et à la faveur des électeurs de Bayrou, nous n'aurions pu
mieux faire que de rendre ainsi ce service à une inanité, que nous avons élevé maintenant en Sauveur du Parti socialiste. Merci Bayrou, d'avoir refusé clairement une donne politique qui sera
réglée maintenant au prochain Congrès d'ici quelques mois... Le temps des élections n'est pas le temps d'un Congrès, une masse importante de camarades devrait s'en souvenir.
"Nicolas Sarkozy va aggraver les problèmes de la démocratie et la fracture du tissu social". "Ségolène Royal va aggraver durablement les
problèmes de l’économie et l’un comme l’autre vont déséquilibrer le déficit et la dette". Signé, François Bayrou.
En fait; comment s'allier avec quelqu'un qui au niveau économique est aux antipodes d'une conception néo-keynésienne et d'une politique économique de la
demande ? Cet homme est libéral, il est de droite, il est pour une politique économique de l'offre, de l'épargne et de surcroît pour un désendettement radical de la France. A notre égard, la
conception de la dette publique est quand même nuancée. Son infléchissement, est conçu et calculé sur une génération et non pas sur un mandat électoral qui aurait pour unique finalité de blesser
socialement davantage les plus faibles de la société française. Par ailleurs, cet homme serait-il prêt à revenir sur l'indépendance de la Banque Centrale Européenne, afin de créer un gouvernement
économique, issu d'une démocratie européenne renouvelée et oxygénée ou laisserait-il encore l'oligarchie régner sur notre politique monétaire ?
Ce sont pourtant des désaccords fondamentaux, ce sont des oppositions inconciliables au sein d'un gouvernement, ce qui paralyserait toute action politique.
Ces derniers jours, le malaise ressenti au sein du Parti socialiste me fait sourire. Je reste bien sûr fidèle à mon engagement en faveur du socialisme
démocratique, et à ma particularité révolutionnaire au niveau de mon idéal. Pour ma part, je ne changerai pas d'un pouce, même si de manière fantasque, le Parti socialiste se scindait et
fusionnait avec le très nouveau et déjà mort-né, Parti démocrate : tout cela pour créer un Parti social-démocrate français. J'entends ce genre d'hérésies ces derniers temps, je vois des grands
écarts et des inconstances idéologiques, surtout soulevées par des intérêts personnels et du suivisme que par un courage et une analyse politique sérieuse.
Bayrou et le Parti Démocrate, morts-nés ? Les français sont tellement attachés à cette conception, ce rôle de l'homme providentiel, de l'homme gaulliste,
joué durant chaque élection présidentielle, que j'imagine mal leur saine digestion face à l'absence de consignes de vote de la part d'un homme politique qui incarne le changement et qui croit
pouvoir peser sur les échéances électorales prochaines. Tout n'est pas si simple, surtout lorsque l'attente démocratique qui s'est illustrée lors du premier tour sous un nom, ne se cristallisera
pas de nouveau sous celui d'un parti sans cadres, sans éminences grises, sans compétences et expérience qui l'auront déserté, et sans emprise sur la société civile : point majeur de tout développement pour un parti politique.
Je me gausse de tout ce changement pourtant si nécessaire et j’appelle mes camarades à rester fermement dans la campagne et à penser sagement à ces questions
auxquelles le Parti devra enfin répondre très prochainement.
A mon égard, la social-démocratie fait partie intégrante du socialisme démocratique. Elle n'est pas une fin en soi, mais un moyen d'actions permettant aux
classes laborieuses de se prémunir par un rapport de force aux changements économiques et au mode de production imposé par le patronat. Pourquoi le citoyen pourrait être roi au sein de la société
et le travailleur, salarié et ouvrier, esclaves au sein de leur entreprise ? C'est la trame fondamentale que soulève la social-démocratie. En cela, je suis social-démocrate, car je suis pour la
démocratie sociale.
Par contre, lorsqu'il s'agit d'aborder les thèmes de la primauté de la loi sur le contrat, de l'intervention et la régulation de l'économie par l'Etat ou
encore du rapport de force engagé avec le modèle libéral et capitaliste, je dis fermement qu'ici la social-démocratie à ses limites qu'elle remédie d'ailleurs par le socialisme libéral, qui lui
est une fin en soi.
Il faudra que notre Parti qui n'a pas clarifié ses thèses politiques et philosophiques depuis trop longtemps à cause de synthèses mortifères, rassemblant
sociaux libéraux, démocrates et altermondialistes, voit un jour ses mêmes thèses, se consacrer vers une grande cause principale et noble qu'il essaierait de matérialiser assidûment.
Ségolène ROYAL, représente bien l’état du Parti socialiste actuel : prêt à tout, indéfinissable idéologiquement mais fermement attaché à des valeurs
républicaines, au service de l'intérêt général, de la République et de la cohésion, plein d’entrain et de dynamisme passionné.
Je conviens que le socialisme du 21ème siècle n’est pas celui que défendaient Jaurès et Blum. Il n’empêche que même si les conditions de travail
et les sociétés se sont modernisées avec l’histoire, les hommes restent égaux à eux-mêmes et l’esprit des lumières françaises flottera toujours dans nos cœurs.
C’est pourquoi, la raison par l’appel d’un homme nouveau, finalité de la transformation sociale, doit souffler encore et les références à Jaurès et à Blum ne
sont pas prêtes d'être mortes. Que notre nom change, que le monde évolue ou que nos esprits politiques se délitent dans des compromissions qui historiquement n’ont jamais fonctionné au sein de la
culture française, le socialisme démocratique aura toujours sa raison d'être et d'être promu.
En outre, je veux bien croire que nous nous américanisons avec le temps et que notre vision politique se bipolarise en de grands bastions. Il n’empêche que
nous demeurons des français et que notre identité nationale a toujours été à la pointe du mécontentement et de l’insatisfaction face à l’atteinte inaboutie de notre idéal. Peu importe les moyens
employés pour parvenir à l’apogée sociale, il n’empêche qu’un seul a déjà prouvé son indépendance d’esprit et son efficacité sociale : le socialisme démocratique.
Même si aujourd'hui, nos âmes se troublent, elles sauront toujours se définir par rapport à la justice et s'abreuver dans le puits de la liberté.
Vive le Parti socialiste et vive la France Présidente !
Bafouilles