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  • : Etudiant en lettres modernes, militant associatif et politique, Marc-Henri Duvernet a une ligne de conduite préférée : se subordonner à ses passions. *En permanence révolté et insatisfait face à l'ordre établi.* *L'émancipation comme raison et l'action comme champ d'expérience.*
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Mercredi 5 novembre 2008

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"La forêt de symboles"

Parfois, l'histoire peut créer des phénomènes et même les enfermer dans des rêveries trop lourdes qu'ils finissent par oublier la substantifique moelle de leurs projets et ne révéler que la plastique qu'ils avaient pu faire apparaître, même à leurs dépens. Les hommes providentiels n'ont jamais existé et ne peuvent ni l'être, ni prétendre le devenir. L'histoire se révèle tellement troublante lorsqu'elle décide de faire sans une individualité et de se retourner contre elle, que la seule l'adhésion massive d'hommes et de femmes à un projet peut encore poursuivre un rêve commun, un idéal. Avant d'être un rêve, un symbole immensément fort et important qui pose dès à présent la sceau du progrès sur celle-ci, l'élection d'une majorité écrasante de démocrates et surtout celle de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis d'Amérique, relève d'un besoin évident de changement, après huit années très médiocres de gouvernance de G.W Bush, dogmatique, antisocial, conservateur, adepte du choc des civilisations et peu enclin au dialogue diplomatique. Sous son mandat qui a débuté lorsque j'étais encore adolescent, l'image des Etats-Unis s'était dégradée, avilie au point que ce grand pays référent dans quelques libertés individuelles, était devenu peu crédible et plus du tout attractif notamment pour les jeunes de ce monde. Sans même parler de modèle, qui bien sûr n'en est pas un, ce pays avait perdu de sa classe, de son tempérament, de sa notoriété, était devenu peut-être ridicule à cause de politiques intérieures dévastatrices au niveau des dettes sociale et économique et de guerres mal préparées et coûteuses en morts et dollars. C'est dans ce contexte que Barack Obama prendra très vite ses responsabilités et tentera de sortir les US de la crise, donc le monde d'une ornière économique, dont le coupable est un système promu et accéléré sous le mandat de Reagan, le néolibéralisme.

Beaucoup évoquent le New deal de Roosvelt, comparant les contextes et les personnages, et parlent donc d'une politique de relance, de sécurité sociale pour les plus précaires, les exclus et les sans-voix, de régulations financière et bancaire, de liberté syndicale accrue ou même de protectionnisme, grande tradition économique chez les démocrates. Je pense sincèrement que toutes ces mesures seront des avancées sociales et permettront à des millions d'américains de retrouver espoir en leur Etat, appelons-le "Providence". Il faudra cette fois par contre, y inclure la notion de l'écologie et de la défense de l'environnement, sans quoi une étape sera manquée dans la route vers le progrès social, indissociable des questions écologiques et environnementales.

Ici, le vent d'une liesse populaire a soufflé également. J'ai eu l'impression d'une inconsciente et troublante émotion, prenant racine bien au delà du signe historique qui a été marqué au fer rouge par le peuple américain. Ce fut presque une délivrance, un soulagement, une euphorie généralisée, un inconscient soucis du bonheur collectif matérialisés à un même moment, partout dans le monde. C'est tout juste un signal génial envoyé à l'histoire et au monde, qui ne communie pas assez souvent avec tels moments fédérateurs.
Nous ne pouvons donc pas parler du monde, sans parler des Etats-Unis qui contrôlent et décident encore du sort de beaucoup de nations et de démocraties. Cette élection là a donc des répercussions mondiales et les politiques qu'Obama mènera, auront des répercussions sur nos propres économies. Les défis sont immenses, globaux et palpitants. L'humanité est probablement à un croisement de son histoire sociale et les premiers signes envoyés tendent à y répondre favorablement, dans l'espoir de jours meilleurs, métissés, solidaires et paisibles. Cette élection est un bonheur réel, qu'il faut consommer sans préjugés matérialistes ou dogmatiques, car l'intensité de l'émotion ancrera le devoir de changement bien plus profondément encore qu'il n'aurait pu l'être sans cette communion optimiste, si agréable à ressentir.

Tout d'abord, je connais beaucoup de personnes, d'origines étrangères ou n'ayant pas encore la nationalité française qui ont été très émues par cette élection. Elles ont certainement vu la reconnaissance des vertus et capacités d'Obama par le peuple américain au delà de son origine ethnique. En effet, il ne s'agit jamais de voter en faveur d'une minorité, d'une sexualité ou d'un sexe qui a été discriminé et malmené durant l'Histoire, mais plutôt de choisir des talents, des projets bien que ceux-ci ne soient pas promus par quelqu'un considéré comme appartenant à un "groupe dominant". Ici, personne n'est dominé et l'aspect de la plus entière égalité en droits doit être défendue. Un espoir large les enorgueillit et les subjugue donc, je leur emprunte le pas évidemment.

Néanmoins, je souhaite poursuivre mon propos par une critique qui j'espère sera caduque avec le temps. Barack Obama durant sa campagne s'était targué d'avoir comme soutien un des hommes les plus fortunés des Etats-Unis, Warren Buffet. Fier de ce soutien, il l'avait promu et développé allégrement dans les médias. Je dois avouer que je suis critique et sceptique quant à ce choix politique en pleine campagne électorale. Je voudrais rappeler ici que ce même personnage avait prétendu qu'une lutte des classes aux Etats-Unis avait eu lieu et que son camp, celui des possédants, des non inquiétés, des nantis, des rentiers, des actionnaires, des pansus, des repus, l'avait gagnée contre les plus démunis. Cette posture idéologique n'est pas anodine et accroît toujours plus le principe que les plus contestataires et vindicatifs sur leurs droits, leur avenir grandiose, sont la classe des privilégiés qui en veulent toujours plus sur le dos de tous les autres : écrasante majorité exploitée.

De surcroît, je ne m'étendrai pas non plus sur le refus d'Obama de remédier à la peine capitale, au libre port d'armes à feu ou encore au mariage homosexuel par exemple.

C'est ainsi que je pondère l'euphorie généralisée de cette élection qui toutefois nous donne de l'espoir formel d'abord, lorsque nous pensons à Rosa Park, à Luther King, à Nelson Mandela ou à tous les autres citoyens du monde qui ont lutté pour l'égalité des droits et la reconnaissance entière des libertés collectives ou individuelles, pour eux, mais souvent pour leurs nations entières. Face à l'Histoire, une telle élection marque les mentalités, le cours des évènements et l'ordre des choses. Bien sûr que rien n'est acquis et que chaque liberté est sans cesse à conquérir, à reconquérir lors de combats sociaux, de victoires politiques, mais soulevons ici l'extraordinaire performance d'un homme qui a su gagner les esprits et les cœurs, après que la nation américaine ait connu l'esclavagisme dans un cadre légal, la ségrégation raciale, les discriminations et les rébellions : marqueurs de fractures sociales, de repli identitaire et de communautarisme.

Obama devra certes unir l'Amérique et insuffler la notion d'égalité entre les hommes même face à leurs histoires et leurs conditions sociales, mais il ne devra surtout pas perdre de vue ce que l'Amérique binaire de Bush n'a pas compris, soit l'urgent besoin de créer les conditions mondiales de paix entre les hommes, en préservant notre environnement et en créant un nouveau mode de gouvernance international pour réduire les marges de manœuvre du système dominant, qui est en train d'effondrer nos sociétés dans leurs bases sociales et économiques. Rien ne nous empêche d'en rêver, rien ne nous empêche de continuer le combat.

(Autre vote, autre personne, une grosse pensée à Castro et à ma loutre)

par Marc-Henri Duvernet
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Dimanche 19 octobre 2008

Il n'était pas très tard ce soir-là, vingt trois heures environ. Je rentrais précipitamment d'une soirée amicale bourguignonne. J'avais la tête ailleurs, et mes pensées à travers la musique qui animait mon véhicule me berçaient dans des considérations déconnectées des réalités de terrain. Une fois de plus, ne pouvais-je pas m'extirper de celles-ci ?

Des dizaines de minutes passèrent sans que rien ne se produise vraiment. Une pluie fine commençait à tomber avec insistance, je ne me souciais guère du temps qu'il faisait alors. Effectivement, les environs bressans sont calmes, extraordinairement désertiques à cette heure-là, en pleine semaine. Aucune peine n'est à remarquer, ni à saisir. Tout me paraissait rangé, calfeutré et bien loti.

Pourtant, à mi-distance de Lons-le-Saunier, au sein du fief d'Arnaud Montebourg, j'ai peiné à m'arrêter. Mon attention avait bien été retenue mais l'élan de mon véhicule et le contexte si confortable dans lequel j'étais, ne m'avait pas connecté aux réalités extérieures. Au fur et à mesure que les mètres étaient avalés, mes pensées changèrent et la conscience me revint. J'avais bien vu un bras se tendre sur ma droite, avec un pouce levé. Il était jeune, portait un sac, semblait au téléphone, la pluie continuait de tomber. Ayant pleinement repris mes esprits, je fis demi-tour en pensant à tous mes camarades qui viennent aux réunions politiques par ce biais là, toujours motivés et prêts à venir militer bravant les contraintes d'un territoire rural. Il n'empêche, l'auto-stoppeur dans nos contrées ne met jamais plus de quinze minutes avant de se faire embarquer. A ce titre, j'ai toujours eu un profond respect pour cette motivation de l'inconnu, ce courage de se mettre en mouvement devant ces contraintes. Je n'ai jamais été auto-stoppeur, mais de l'autre côté, je considère que toute personne est intéressante à embarquer, car elle a un passé, une histoire et des choses à dire. Aimant découvrir l'autre, et humaniste avant tout, je me suis donc arrêté à proximité de lui. Il monta.
Mal rasé, osant à peine me regarder, il semblait mal à l’aise. Pourtant, ma propension à entamer à un discours avec n'importe qui n'importe où, le surprit seulement les premiers instants. Effectivement gêné face à mes premières interrogations et surtout hébété d'avoir croisé quelqu'un à cette heure, une conversation s'engagea toutefois. Il avait dix sept ans et demi et rentrait chez lui. Pour quelles raisons était-il là, dans cette situation ?

Une discussion plus décontractée et ouverte s'engagea alors. Il me confia qu'il sortait du travail et que son service venait de se terminer. Il travaillait dans un restaurant. Sans ménagement, nous connaissons tous, les conditions de travail difficiles et souvent, l'exploitation régulière des employés de ces structures. J'ai connu beaucoup de personnes à différents postes qui ont exercé dans l'hôtellerie et la restauration, toutes m'ont déjà parlé des contraintes excessives dressées face à elles. Je pensais directement à ce jeune homme et sa situation. Il m'apprit qu'au delà de travailler dans ce secteur, il était stagiaire. Aujourd'hui encore, la situation des stagiaires dans notre pays n'a pas varié et cette main d’œuvre profite encore à des patrons qui ne se soucient guère du suivi d'une formation délivrés, car ils voient plutôt le bonhomme qui peut servir et se rendre utile de manière efficace et très peu chère. Sa situation de vie le rebutait à poursuivre cette formation d'apprentissage en cuisine. C'est alors qu'il se mit à rêver pour ses perspectives d'avenir et me parla de ses ambitions : se rendre sur Brest pour devenir pâtissier dans la Marine nationale ou bien ouvrir son restaurant en Espagne.

Ces projets de vie valent sûrement mieux que de terminer par exemple un samedi à presque trois heures du matin, payé uniquement de cinq à dix heures du soir. Effectivement, il me confia que ce soir-là, les clients traînaient à partir et le patron souhaitait qu'il reste, alors que son unique soirée de la semaine lui filait entre les doigts. Quelle ignominie que de pouvoir traiter ainsi un jeune, entrant à peine dans la vie active. C'est tout juste bon à l'en détourner. Ce sera très probablement le cas.

Ce jeune marcheur n'était pas à son premier essai, pour retourner à pied chez lui. A de nombreuses reprises, souvent tard, il avait pu rentrer de bout en bout seul, sans qu'un citoyen ne puisse le prendre pour lui écourter sa marche. Lorsque l'on sait qu'il lui faut cinq heures de marche ininterrompue pour rentrer, après une journée de travail morose, seuls le courage et le rêve d'une jeunesse exploitée peuvent bien encore soulever des montagnes. Il a bien pensé évidemment à passer le permis et commencer à prendre des leçons de conduite, mais ses moyens ne lui permettent pas de les financer. C'est ainsi qu'il s'est tourné vers les collectivités territoriales qui offrent des bourses sous certaines conditions pour garantir aux apprentis le passage du permis de conduire, outil indispensable pour leur avenir professionnel. Avenir tout court, en territoire rural.

Cette entrevue m'a encore émerveillé par son intensité. Elle a renforcé aussi toutes les expériences que je découvre régulièrement sur le terrain des réalités sociales dans notre pays. Souvent, je vois que les politiques d'investissement décidées par les collectivités territoriales de gauche permettent à beaucoup de citoyens de souffler un peu, bien qu'aucune issue sécurisante ne réponde à leur situations.

Arrivés dans son village en Bresse,  je lui demandais son prénom alors qu'il sortait de la voiture. Baissant la tête pour m'apercevoir une dernière fois et me répondre, je lui donnais mon prénom à mon tour et lui souhaitais une bonne continuation. Simplement, dans l'esquisse d'un sourire, nos routes se séparèrent alors.

 

par Marc-Henri Duvernet
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Dimanche 28 septembre 2008

"Les jours s'en vont, je demeure." Enfin, pas totalement. Les semaines passent et ne se ressemblent pas, les jours se consomment en digérant bien la matière vécue. Mon mode de vie hâtif est tangible et l'agenda tenu est concrètement rempli. Je n'en demeure pas moins épanoui, car j'apprends beaucoup et j'essaie de me réaliser de chaque côté. Du côté intime, j'ai dernièrement vécu quelque chose de fort d'un point de vue historique et psychologique. Cette expérience a été un véritable soulagement pour moi et pour une personne que je soutenais. Je la connais depuis plus d'une année, nos rapports sont amicaux et nos échanges passablement décomplexés. Réservée, très souriante et pugnace, cette demoiselle a beaucoup de charme et peut paraître parfois flegmatique et distante. Il n'empêche que son chemin a rencontré le Sphinx. La première file d'attente débute alors ici.

Par rapport à l'histoire, j'ai donc expérimenté indirectement le bienfait d'un droit social acquis de hautes luttes. Je n'ai jamais pensé que cela m'arriverait un jour, même si mon militantisme associatif et social m'amène régulièrement à rencontrer des situations de vie douloureuses. La peine ici n'est pas dramatique, mais son introspection a été éprouvante. D'un point de vue psychologique, surtout pour une jeune fille, cette aventure devient une épreuve. Je l'appelle "aventure" effectivement dans la mesure où lorsque j'avais demandé mon intégration à un collectif d'association de réduction des risques (drogues, IST, alcool...), je ne pensais pas que la prévention d'une part et la réduction de risques par ailleurs, étaient en capacité de limiter autant de mésaventures. Mais après tout, chacun est libre de disposer de son corps et de choisir sa vie. Sauf qu'ici, ce ne fut pas un choix, mais une conséquence subie.

Le Sphinx a donc croisé sa route et il lui a posé une question : " Quel est l'animal qui marche à quatre pattes le matin, à deux à midi et à trois le soir ? ". Bien sûr, Oedipe seul a su répondre à celle-ci. Mon amie a donc échoué et ce qui était alors à l'intérieur de son corps, aurait pu développer un être humain capable marcher à quatre pattes le matin, huit mois plus tard. Raisonnable et souhaitant profiter pleinement d'une jeunesse que certaines filles mineures pensent pouvoir sacrifier en se déclarant mère, mon amie a donc fait une Interruption Volontaire de Grossesse. Cette expérience m'a marqué et le jour où elle m'avait déclaré sa grossesse en me demandant de me rendre à ses côtés à l'hôpital, j'ai été étonné par mon calme olympien, sûrement dû à mon hébétement. Je n'ai pas tenu de discours moralisateur, ni compassionnel au regard des causes de celle-ci. Elle s'en est bien sortie, elle pourra profiter de sa jeunesse grâce à une avancée sociale considérable que le mouvement féministe et la volonté d'émancipation sociale de l'époque ont obtenu. Ailleurs, encore en Europe, mon amie aurait garder l'enfant car il ne s'agissait aucunement d'un viol. Que les Eglises nous épargnent donc leurs objurgations moralisatrices et bien-pensantes.

Déconnectés des réalités sociales

Ma deuxième file d'attente se rattache aussi à la thématique de la santé, mais sous une autre forme, beaucoup moins privée et beaucoup plus politisée. J'ai été prévenu un samedi après-midi d'une nouvelle énorme, que j'ai eu peine à en croire sa teneur. Je ne voyais pas pourquoi, une telle personnalité venait en terre jurassienne, non pas que notre cadre de vie (paysages et produits) ne sont pas superbes, mais plutôt qu'électoralement les réserves y sont trop peu nombreuses. Pourtant, la venue de Nicolas Sarkozy sur notre bassin de vie m'avait été annoncée par une source fiable quelques jours avant son arrivée surprise. Perplexe et soucieux, j'ai préféré en avoir le cœur net. J'ai donc interrogé mon entourage politique pour savoir s'il avait des sources également. Il n'en avait pas. A ce moment, j'ai leur ai appris une nouvelle sans même qu'ils ne m'aient cru. Pourtant, moins d'une semaine après l'annonce officieuse, le Chef de l'Etat visitait nos terres en compagnie des huiles locales, parlant politique de santé.

Santé publique ? Il a plutôt stigmatisé les malades en demandant une accentuation des sanctions envers les citoyens en arrêt maladie ou bien annoncé la mise en place à l'entrée de chaque hôpital, du nombre de personnes qui y sont décédées. Bref, son parcours de santé dans le Jura était plutôt un parcours médiatique éclair sans réel contenu politique. Le Sarko show est passé, et nous tous, l'avions déjà oublié le lendemain. Pourtant, une petite file d'attente s'était bien dessinée devant la Mairie, d'un genre plutôt intéressé mais pas du tout panégyriste. Pour ma part, j'allais chercher mon pain, lorsque je suis passé devant ces quelques citoyens, en épiant les présents. J'ai seulement vu que le nombre de CRS avec celui de journalistes était supérieur à celui des curieux : les préoccupations des français ne sont pas aux louanges sarkozystes et à l'apologie de la politique du gouvernement actuel qui par des mesures à contre-courant, a accentué la Crise et les inégalités sociales et territoriales.

La boutique de Nicolas

Malgré la conjoncture et le désarroi populaire, je ne pense point qu'il faille se couper de moments épicuriens avec toutes les personnes qui nous entourent. Je suis notamment retourné chez mon amie qui m'a offert le nu, que j'admire un peu plus chaque jour d'ailleurs. J'avais l'intention de ne pas y aller les bras ballants, mais je voulais surtout marquer le coup par une bonne dégustation. Nous autres jurassiens, connaissons nos vins et les apprécions en majorité. Pourtant, il n'est pas rare lorsque nous sommes reçus, d'apporter des crus venant d'autres terroirs. J'ai singé cet état de fait et je me suis permis d'apporter un Grand cru de Kitterlé, un gewurztraminer. J'adore ce vin et il s'avère que mon amie également. Pour ma part, le nez d'un vin est toujours très important, il doit affirmer l'envie de le goûter. L'odeur d'une personne ou d'une chose est toujours un repère sensible à mon égard. Au nez, ce vin était expressif et dévoilait une dominante d'arômes fruités et floraux : poires et exotisme. En bouche, il fut plutôt épicée et la robe dorée avec des reflets verts, laissait chaque regard sur le verre en mouvement, attendri. Accompagné d'une tarte tatin, faite maison avec les fruits de ruraux du coin, des rainettes grises, cet instant a été exceptionnel une nouvelle fois et les instants présents sont devenus très gais au fur et à mesure de la dégustation, sûrement provoqués par l'odeur enivrante d'une rose de race Papa Meilland coupée pour l'occasion, que je recommande d'ailleurs à tous les amoureux, soucieux d'offrir une belle grosse rose rouge odorante à l'être aimé. (Pour les jardiniers, je vous conseille même d'en planter un pied. En plus de ces dernières qualités, ce rosier est très productif, avec une croissance rapide.)

Cette bouteille, il m'aura quand même fallu patienter pour l'acheter, à cause d'un autre client. Sans jeter l'anathème sur ces trousseaux "venus d'ailleurs", j'ai souri lorsque j'ai su que ce dernier commandait un vin provenant de Californie...

Fidèle à Castro

La Californie appelle souvent les âmes en exil, à des retrouvailles fortes et des moments épicuriens. C'est une terre ensoleillée qui doit sûrement plaire aux cœurs latins, comme le mien. C'est une terre d'évasion qui me fera le plus grand bien. C'est une terre où je retrouverai un être qui m'est cher comme un pierre précieuse brute. Celle que l'on regarde sans jamais se lasser pour connaître quelle facette lui siérait le mieux et qui devra donc un jour être travaillée pour se parfaire et être révélée. Je m'en vais donc fouler la terre du pays qui a enfanté l'école néoclassique et les penseurs modernes de ce dogme économique, cause aujourd'hui de crispations internationales, de la Crise que l'on attendait pas cette année si vite, si forte. Je ne suis pas inquiet, mon avion me mènera jusqu'aux Etats-Unis et atterrira en tout état de cause sur le sol français à mon retour. Je suis plutôt circonspect et inquiet sur les matières qui seront produites à la suite de cette Crise historique qui était inéluctable, tant le système capitaliste néolibéral s'était gangrené de l'intérieur et se dévorait lui-même en opposant plusieurs de ses branches (financière, économique, industrielle et entrepreneuriale), elles-mêmes aux antipodes d'une construction sociale de la société. En réalité et dans l'expérience générale, ce modèle a plus accru les inégalités, les précarités, la pauvreté, l'exclusion, les pollutions, les famines et le chômage que n'importe quels autres sytèmes et contextes historiques. Le néolibéralisme, allié à la force capitaliste était structuré sur le court terme pour permettre la promotion individualiste au détriment de l'émancipation collective. Il a permis à des fortunes de s'enrichir toujours plus, mais aux peuples du monde entier, d'entrer en récession en ne sachant plus ce que le progrès générationnel voulait signifier car l'élite globalisée dirigeait en vase clos, comme tout bourgeois de tradition affairiste et conservatrice évite de se fier à la parole collective, en se reproduisant même pour maintenir ce système en place à leurs uniques faveurs. Nonobstant ces moments difficiles, il me semble que la jeunesse de ce monde devrait s'approprier ce débat et ne pas laisser les pensées et les réflexions politiques sur les alternatives à proposer, basées sur un modèle de développement durable écologiquement et socialement, entre les mains de leurs aînés seulement. Nous devons nous imposer, car la chute lente et incurable du "modèle dominant" est arrivée et personne ne nous fera croire qu'il s'en remettra prochainement. Ses interactions avec l'économie réelle puis avec les politiques sociales se feront aussi ressentir sévèrement, par le réglement d'une facture de pots cassés d'argentiers qui jouent encore avec les vies de citoyens, avec la regrettable complicité d'une partie de nos représentants. A ce propos, je tiens à souligner lorsqu'il est nécessaire de trouver par des "économies" 1 milliard d'euros pour financer une politique sociale comme le RSA, nous patientons pendant de longues semaines, dues à des palabres circonstancielles. Tandis que si une banque comme Dexia ou les PME se portent mal, respectivement 5 et 20 milliards d'euros sont trouvés en quelques heures, sans le moindre débat, sans la moindre économie annoncée. Alors, l'antienne sur la faillite des comptes étatiques, des "trous" dans les finances publiques est a posteriori caduque car elle ne ne contraint même pas l'application d'une politique d'austérité budgétaire qui lorgne sur les ressources des plus démunis et laisse la "cagnotte privée" et l'épargne dormir tranquilles, tout en déchargeant sournoisement les plus aisés de tout facture d'imposition et de tout compte rendu à la société par la redistribution prioritaire des richesses produites collectivement.

Dans ce cadre, il est évident que je me souviendrai de cet invraisemblable projet de quitter la France en périodes troublées et d'élection présidentielle américaine. Toute cette année 2008 accroît son lot de richesses personnelles et d'apprentissage. Et puis, de toute façon, émettons la conjecture suivante : si je suis dans l'incapacité de rentrer en France, est-ce un mal ? J'ai toujours voulu parcourir la planète pour rendre palpable l'altérité qui la recouvrait. Je sais toutefois que les contraintes sont une condition à la liberté humaine et que chaque émancipation passe à travers leurs mailles.

Cette file d'attente n'était pas longue. Il y avait deux bureaux cette fois-là et une connaissance en cours d'affaires. Dans ce lieu, j'y ai donc réservé vols et hôtels pour San Francisco et New York pour une aventure de plus de quinze jours dès la mi-décembre. J'y ai aussi réservé du rêve en dirigeant des pensées scéniques vers le moment où seul le regard d'un homme, peut raconter toute une histoire et exprimer des désirs.

par Marc-Henri Duvernet
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La victoire à gauche

 

L'être humaniste


"Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l'homme, le respect des autres êtres avant l'amour-propre." Claude Lévi-Strauss



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Si philosopher c'est douter, alors le doute est une claire douleur quotidienne.


Omnia vincit amor
Orbis unum
Sapere aude !


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