
"La forêt de symboles"
Parfois, l'histoire peut créer des phénomènes et même les enfermer dans des rêveries trop lourdes qu'ils finissent
par oublier la substantifique moelle de leurs projets et ne révéler que la plastique qu'ils avaient pu faire apparaître, même à leurs dépens. Les hommes providentiels n'ont jamais existé et ne
peuvent ni l'être, ni prétendre le devenir. L'histoire se révèle tellement troublante lorsqu'elle décide de faire sans une individualité et de se retourner contre elle, que la seule l'adhésion
massive d'hommes et de femmes à un projet peut encore poursuivre un rêve commun, un idéal. Avant d'être un rêve, un symbole immensément fort et important qui pose dès à présent la sceau du
progrès sur celle-ci, l'élection d'une majorité écrasante de démocrates et surtout celle de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis d'Amérique, relève d'un besoin évident de changement, après
huit années très médiocres de gouvernance de G.W Bush, dogmatique, antisocial, conservateur, adepte du choc des civilisations et peu enclin au dialogue diplomatique. Sous son mandat qui a débuté
lorsque j'étais encore adolescent, l'image des Etats-Unis s'était dégradée, avilie au point que ce grand pays référent dans quelques libertés individuelles, était devenu peu crédible et plus du
tout attractif notamment pour les jeunes de ce monde. Sans même parler de modèle, qui bien sûr n'en est pas un, ce pays avait perdu de sa classe, de son tempérament, de sa notoriété, était devenu
peut-être ridicule à cause de politiques intérieures dévastatrices au niveau des dettes sociale et économique et de guerres mal préparées et coûteuses en morts et dollars. C'est dans ce contexte
que Barack Obama prendra très vite ses responsabilités et tentera de sortir les US de la crise, donc le monde d'une ornière économique, dont le coupable est un système promu et accéléré sous le
mandat de Reagan, le néolibéralisme.
Beaucoup évoquent le New deal de Roosvelt, comparant les contextes et les personnages, et parlent donc d'une politique de relance, de sécurité sociale pour les plus précaires, les exclus et les
sans-voix, de régulations financière et bancaire, de liberté syndicale accrue ou même de protectionnisme, grande tradition économique chez les démocrates. Je pense sincèrement que toutes ces
mesures seront des avancées sociales et permettront à des millions d'américains de retrouver espoir en leur Etat, appelons-le "Providence". Il faudra cette fois par contre, y inclure la notion de
l'écologie et de la défense de l'environnement, sans quoi une étape sera manquée dans la route vers le progrès social, indissociable des questions écologiques et environnementales.
Ici, le vent d'une liesse populaire a soufflé également. J'ai eu l'impression d'une inconsciente et troublante émotion, prenant racine bien au delà du signe historique qui a été marqué au fer
rouge par le peuple américain. Ce fut presque une délivrance, un soulagement, une euphorie généralisée, un inconscient soucis du bonheur collectif matérialisés à un même moment, partout dans le
monde. C'est tout juste un signal génial envoyé à l'histoire et au monde, qui ne communie pas assez souvent avec tels moments fédérateurs.
Nous ne pouvons donc pas parler du monde, sans parler des Etats-Unis qui contrôlent et décident encore du sort de beaucoup de nations et de démocraties. Cette élection là a donc des répercussions
mondiales et les politiques qu'Obama mènera, auront des répercussions sur nos propres économies. Les défis sont immenses, globaux et palpitants. L'humanité est probablement à un croisement de son
histoire sociale et les premiers signes envoyés tendent à y répondre favorablement, dans l'espoir de jours meilleurs, métissés, solidaires et paisibles. Cette élection est un bonheur réel, qu'il
faut consommer sans préjugés matérialistes ou dogmatiques, car l'intensité de l'émotion ancrera le devoir de changement bien plus profondément encore qu'il n'aurait pu l'être sans cette communion
optimiste, si agréable à ressentir.
Tout d'abord, je connais beaucoup de personnes, d'origines étrangères ou n'ayant pas encore la nationalité française qui ont été très émues par cette élection. Elles ont certainement vu la
reconnaissance des vertus et capacités d'Obama par le peuple américain au delà de son origine ethnique. En effet, il ne s'agit jamais de voter en faveur d'une minorité, d'une sexualité ou d'un
sexe qui a été discriminé et malmené durant l'Histoire, mais plutôt de choisir des talents, des projets bien que ceux-ci ne soient pas promus par quelqu'un considéré comme appartenant à un
"groupe dominant". Ici, personne n'est dominé et l'aspect de la plus entière égalité en droits doit être défendue. Un espoir large les enorgueillit et les subjugue donc, je leur emprunte le pas
évidemment.
Néanmoins, je souhaite poursuivre mon propos par une critique qui j'espère sera caduque avec le temps. Barack Obama durant sa campagne s'était targué d'avoir comme soutien un des hommes les plus
fortunés des Etats-Unis, Warren Buffet. Fier de ce soutien, il l'avait promu et développé allégrement dans les médias. Je dois avouer que je suis critique et sceptique quant à ce choix politique
en pleine campagne électorale. Je voudrais rappeler ici que ce même personnage avait prétendu qu'une lutte des classes aux Etats-Unis avait eu lieu et que son camp, celui des possédants, des non
inquiétés, des nantis, des rentiers, des actionnaires, des pansus, des repus, l'avait gagnée contre les plus démunis. Cette posture idéologique n'est pas anodine et accroît toujours plus le
principe que les plus contestataires et vindicatifs sur leurs droits, leur avenir grandiose, sont la classe des privilégiés qui en veulent toujours plus sur le dos de tous les autres : écrasante
majorité exploitée.
De surcroît, je ne m'étendrai pas non plus sur le refus d'Obama de remédier à la peine capitale, au libre port
d'armes à feu ou encore au mariage homosexuel par exemple.
C'est ainsi que je pondère l'euphorie généralisée de cette élection qui toutefois nous donne de l'espoir formel d'abord, lorsque nous pensons à Rosa Park, à Luther King, à Nelson Mandela ou à
tous les autres citoyens du monde qui ont lutté pour l'égalité des droits et la reconnaissance entière des libertés collectives ou individuelles, pour eux, mais souvent pour leurs nations
entières. Face à l'Histoire, une telle élection marque les mentalités, le cours des évènements et l'ordre des choses. Bien sûr que rien n'est acquis et que chaque liberté est sans cesse à
conquérir, à reconquérir lors de combats sociaux, de victoires politiques, mais soulevons ici l'extraordinaire performance d'un homme qui a su gagner les esprits et les cœurs, après que la nation
américaine ait connu l'esclavagisme dans un cadre légal, la ségrégation raciale, les discriminations et les rébellions : marqueurs de fractures sociales, de repli identitaire et de
communautarisme.
Obama devra certes unir l'Amérique et insuffler la notion d'égalité entre les hommes même face à leurs histoires et leurs conditions sociales, mais il ne devra surtout pas perdre de vue ce que l'Amérique binaire de Bush n'a pas compris, soit l'urgent besoin de créer les conditions mondiales de paix entre les hommes, en préservant notre environnement et en créant un nouveau mode de gouvernance international pour réduire les marges de manœuvre du système dominant, qui est en train d'effondrer nos sociétés dans leurs bases sociales et économiques. Rien ne nous empêche d'en rêver, rien ne nous empêche de continuer le combat.
(Autre vote, autre personne, une grosse pensée à Castro et à ma
loutre)

"Les jours s'en vont, je demeure." Enfin, pas totalement. Les semaines passent et ne se ressemblent pas, les jours se consomment en digérant bien la matière vécue. Mon mode de vie
hâtif est tangible et l'agenda tenu est concrètement rempli. Je n'en demeure pas moins épanoui, car j'apprends beaucoup et j'essaie de me réaliser de chaque côté. Du côté intime, j'ai
dernièrement vécu quelque chose de fort d'un point de vue historique et psychologique. Cette expérience a été un véritable soulagement pour moi et pour une personne que je soutenais. Je la
connais depuis plus d'une année, nos rapports sont amicaux et nos échanges passablement décomplexés. Réservée, très souriante et pugnace, cette demoiselle a beaucoup de charme et peut
paraître parfois flegmatique et distante. Il n'empêche que son chemin a rencontré le Sphinx. La première file d'attente débute alors ici.

Bafouilles