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  • : Etudiant en lettres modernes, militant associatif et politique, Marc-Henri Duvernet a une ligne de conduite préférée : se subordonner à ses passions. *En permanence révolté et insatisfait face à l'ordre établi.* *L'émancipation comme raison et l'action comme champ d'expérience.*
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Jeudi 30 octobre 2008

Maël, 20 ans, est étudiant en master de droit international à l'Université de Louisiane (Bâton-Rouge) 

Quel regard portes-tu sur ces élections américaines ?

Un regard fasciné, réellement. Je dois avouer que je suis déjà à la base passionné par la culture américaine, mais le choix de mon année à l'étranger effectuée actuellement n'était pas forcément indépendant de ces enjeux présidentiels. Tout le monde s'accorde ici à dire que cette élection est historique, et elle l'est. Un doux parfum d'euphorie s'empare de mes interlocuteurs un temps soit peu intéressés par la chose publique lorsque que j'évoque avec eux cette échéance. Les médias français se battent pour savoir si la candidature d'un afro-américain a réellement un impact sur les résultats du 4 Novembre. Ici, la question ne se pose même plus : c'est indubitable. Bien plus que d'avoir depuis longtemps dépassé le phénomène encore trop présent dans la société américaine du "angry black man", qui consiste à voir en la minorité noire une population constamment énervée et agressive, le Sénateur Obama a su créer un sentiment d'espoir et de fraternité qui ne s'est jamais ressenti auparavant. La comparaison avec John F. Kennedy est sur ce point très juste ; jamais une personnalité politique n'aura suscité une telle émulation et su se créer une telle aura.

Elle est également historique puisque jamais une campagne présidentielle n'aura duré aussi longtemps et n'aura dépensé autant d'argent. Jamais un candidat n'aura pu non plus amasser tant de dons des particuliers, puisque la majorité des fonds du candidat démocrate provient de personnes ayant signé des chèques ne dépassant pas deux cents dollars. Enfin, elle risque d'être historique par sa participation; les inscriptions sur les listes électorales ont explosé pour cette élection. C'est la première fois que la population se sent autant concernée, et j'ai eu plusieurs échos de personnes qui avaient mis trois ou quatre heures pour pouvoir voter (le early voting est possible en Louisiane deux semaines avant l'élection officielle) du fait du nombre impressionnant de personnes qui s'entassait dans les bureaux de vote ! Cela prouve à la fois une mobilisation réelle et une volonté de fer de vouloir s'exprimer par le biais de son bulletin.

Dans un contexte international de Crise, comment les américains voient-ils ces élections ?

L'avance incontestable d'Obama dans les sondages est due à tout un tas de facteurs, dont ceux que je viens d'évoquer. Et je pense que l'on trouve parmi eux ce que l'on a appelé en France le "phénomène Le Pen". En effet, environ 80% de la population estime George W. Bush comme le pire Président de toute l'histoire des États-Unis. Les Américains ne veulent plus d'un tel président à aucun prix, et Barack Obama a su insister sur le fait que l'administration McCain pourrait être similaire, voire pire que celle en place jusqu'au 20 janvier 2009. Ainsi, comme en 2002 lors du deuxième tour des élections présidentielles, une partie très importante de la population s'est déplacée dans les bureaux de vote afin de ne pas voter POUR quelqu'un, mais plutôt voter absolument CONTRE. La situation est plutôt analogue ici puisqu'une grande partie des électeurs ne veulent plus d'une administration Bush, donc McCain. Barack Obama a ainsi su drainer une grande partie de ses soutiens grâce à cette situation.

Toutefois, la crise économique l'a également aidé à conforter sa position dans les sondages. Il est vrai que les deux candidats n'ont pas des positions totalement opposées quant aux solutions de cette crise, comme l'illustre le fait qu'ils appelaient tous les deux au vote de la première version du Plan Paulson alors que le texte adopté en deuxième lecture était plus avantageux du point de vue du contribuable. Toutefois, au-delà des programmes en eux-mêmes, je crois remarquer une légère évolution dans l'idéologie même qui sépare les deux parties, et qui semble profiter au Sénateur de l'Illinois. Ayant parlé avec plusieurs Américains à ce propos, ils semblaient d'accord pour dire qu'ils constataient comme moi un changement de position quant à la place du gouvernement dans l'État. Comme tous les médias l'ont fait remarquer, cette crise met en exergue l'absence de régulation des marchés financiers par les États. Les citoyens en tirent des leçons en s'interrogeant subséquemment sur le rôle que doit jouer l'État dans les règles préétablies sur les marchés. C'est donc la première fois que l'on assiste à un début de changement de l'idéologie profonde des États-Unis consistant à admettre que, peut-être, un gouvernement plus fort permettrait d'éviter ce genre de dérives. Nous sommes encore néanmoins assez loin pour la plupart d'appliquer cette théorie à d'autres domaines que l'économie.

En quelques mots, peux-tu nous expliquer le mode de scrutin pour l'élection du Président ? Quels sont les enjeux stratégiques de celui-ci ?

Les élections présidentielles américaines sont des élections plutôt compliquées pour des non-initiés. Pour faire simple, et en oubliant la partie la plus compliquée des élections qu'est le moment des primaires, chaque État a un nombre de grands électeurs qui correspond au nombre de membres du Congrès dont dispose l'État. Un État a donc un minimum de trois grands électeurs puisque l'on trouve deux Sénateurs par États, ainsi qu'un nombre de Représentants proportionnel à la population. Les grands électeurs permettent ensuite de désigner le gagnant de la course à la Maison-Blanche. Toutefois, il ne suffit pas d'avoir le plus grand nombre de grands électeurs, mais un score d'au moins 270 est requis pour devenir Président.

Chaque État établit ses propres règles quant à la nomination et à l'élection de ces grands électeurs. Concernant l'élection, la totalité des États, excepté le Maine et le Nebraska, applique le principe du Winner-Take-All (WTA). C'est précisément ce point-là du système américain qui est le plus aberrant, et qui pour moi font que ces élections sont encore moins démocratiques qu'en France. En effet, selon ce système, le candidat qui a le plus de voix remporte la totalité des grands électeurs dans cet État. Il n'y a ici aucun vote proportionnel, sauf dans les deux États sus-énoncés. C'est justement à cause de ce système qu'un candidat peut obtenir la majorité des votes populaires sans pour autant gagner le bureau ovale. Dans ce cadre-là, il n'est pas étonnant que le taux de participation se situe au plus bas du classement des pays dits civilisés ; prenons l'exemple du Texas, les résultats seront, comme toujours, en faveur du parti républicain. Il est compréhensible dans ces conditions qu'un démocrate texan se sente lésé dans son intention de vote et choisisse de ne plus voter.

De plus, l'un des principes qui font qu'une élection est dite démocratique est que chaque vote compte de manière égale. Or, le système du collège électoral tel qu'il est mis en place aux États-Unis fait en sorte que les votes des petits États sont favorisés par rapport aux grands. En effet, effectuons par exemple la comparaison entre l'Alaska (d'où Sarah Palin peut voir la Russie) et la Pennsylvanie, l'un des plus grands swing states. L'Alaska compte trois grands électeurs, contre vingt-et-un pour la Pennsylvanie. Si l'on procède à un rapide calcul en comparaison avec la population de chaque État, l'on constatera facilement que trois grands électeurs représenteront 600 000 habitants de l'Alaska, tandis qu'il n'en faudra qu'un pour atteindre le même nombre d'habitants en Pennsylvanie. La donne démocratique est forcément faussée, même si un électeur de Pennsylvanie aura plus de chance de jouer un rôle dans cette élection.

En effet, celui-ci, comme l'Ohio, ou la Floride, est ce que l'on appelle un swing state (ou purple state) ; ce genre d'État est décisif pour les élections présidentielles puisqu'ils concentrent un nombre important de grands électeurs tout en obtenant généralement des résultats très serrés lors du vote. C'est pour cela que, en toute logique, ces États sont aussi appelés battleground states, où les candidats concentrent la plupart de leur temps et de leur agent de campagne, oubliant souvent le reste des États-Unis, ce qui est là aussi une lacune du système. Ce qui est particulier avec cette élection, c'est que certains autres États sont susceptibles de devenir des swing states. En effet, des États comme la Caroline du Nord ou la Virginie sont traditionnellement dits républicains ; ils n'ont respectivement pas voté pour un candidat démocrate depuis 1976 avec Jimmy Carter et Lyndon Johnson en 1964. Toutefois, les sondages dans ces États laissent Barack Obama gagnant avec une large majorité. La force de cette élection se traduit donc par le fait que, si Barack Obama est élu grâce à ces États, il aura su renverser toutes les attentes pour ce genre d'États traditionnellement acquis à la cause républicaine, oubliés donc par le candidat républicain pendant la campagne. Facteur sur lequel Obama a su parfaitement jouer.

Nous savons qu'il y a d'autres votes le 4 novembre, par exemple sur la proposition 8 en Californie. Qu'en est-il vraiment ?

En effet, la proposition 8 en Californie fait partie des très nombreuses élections qui auront lieu le 4 novembre.  Mais c'est une des seules qui va avoir un tout petit peu plus de couverture médiatique que les autres. En effet, cette proposition 8 concerne le droit au mariage pour les homosexuels. La Cour Suprême de Californie avait en effet accepté l'application du mariage aux couples de même sexe, tout comme dans le Connecticut et le Massachusetts. Toutefois, le droit constitutionnel californien permet un référendum d'initiative populaire afin d'amender la Constitution de l'État fédéré. Les opposants au mariage gay ont donc pu récolter assez de signatures pour qu'un référendum introduisant l'exclusivité du mariage pour les couples hétérosexuels puisse avoir lieu. Le problème est que là aussi, pour être régulière, la question doit être bien posée. Néanmoins, dans la mesure où c'est un référendum qui vise à interdire le mariage gay, la question sera approximativement posée de la manière suivante : voulez-vous inscrire dans la Constitution de Californie le fait que le mariage soit réservé uniquement aux couples composés d'un homme et d'une femme ? Ainsi, les partisans de la non-discrimination devront voter non. Et inversement, les anti-mariage devront voter oui. Ce qui n'est pas vraiment logique dans la mesure où, dans le débat actuel, c'est un référendum pour ou contre la mariage homosexuel.

Mais c'est très loin d'être la seule autre élection ce jour-là ; il y aura en effet au niveau national, comme tous les deux ans, l'élection de la Chambre des Représentants et d'un tiers des sénateurs, mais qui ne suscite pas vraiment de réel enthousiasme dans la mesure où il n'y a pas de surprise. Le seul enthousiasme se situe au niveau du fait de savoir quel démocrate va gagner son siège, et quel républicain va le perdre. Nous savons déjà en effet que la majorité démocrate actuelle ne va pas changer, et qu'elle va même s'accroître. La dernière fois où cette élection a éveillé un certain engouement de la part du public était il y a deux ans, lors des midterm elections, où il était fort probable que la majorité républicaine soit renversée, ce qui est arrivé. En ce qui concerne l'élection à la Chambre des Représentants, on pourrait comparer ce genre d'élection, du point de vue du suspense et de l'attente engendrée chez les électeurs, à nos élections sénatoriales. Et il s'agit pourtant, du point de vue de l'institution, de l'équivalent de notre Assemblée Nationale !… La différence de déroulement du scrutin est également notable ; comme nos élections aux conseils généraux, l'élection est un scrutin uninominal, mais à un tour (excepté en Louisiane), et par district.

Les autres nombreuses élections ne dépassent pas les enjeux locaux ; élections des gouverneurs, des maires, etc… Je parlais de ce sujet avec un professeur de science politique qui s'étonnait qu'en France, nous ne faisions pas "tout le même jour", alors que c'était beaucoup "moins cher" de cette façon. Il semblerait qu'en France, nous privilégions le débat d'idées à la rentabilité.

Quel candidat soutiens-tu et pourquoi ?

Je ne serai pas très original, et je dirai que comme la grande majorité de la population européenne, je suis en faveur d'Obama. D'abord parce que je pense que si McCain était élu, ce ne sera pas une politique Bush bis qui serait mise en place, mais sûrement quelque chose de pire, surtout sur le plan de la politique étrangère. John McCain a une personnalité beaucoup plus agressive que son concurrent ou même que George W. Bush, cela s'est notamment vu lors du dernier débat présidentiel. Bush est quelqu'un de plus tranquille par rapport à McCain, comme nous avons pu le constater lors du conflit russo-géorgien. McCain n'hésitera à dire ce qu'il a à dire, sans forcément utiliser des termes nécessairement très diplomatiques. L'image des États-Unis est en jeu dans cette élection, et si John McCain passait, cela nuirait profondément à l'image du pays. L'Amérique n'a absolument pas besoin d'une politique plus agressive qu'elle ne l'est actuellement.

Sur le plan de la politique interne, je pense que l'Amérique, du fait de sa taille et de son influence, se devrait d'être un modèle, en matière de droits civils notamment, mais elle a malheureusement beaucoup de retards sur certains points. C'est pourquoi je suis partisan d'une politique progressiste à la Obama, du point de vue de l'assurance maladie, de l'avortement, du droit des femmes, des travailleurs, des homosexuels, de l'environnement (même si McCain dit ne pas être opposé au protocole de Kyoto)… Il y a bien sûr encore quelques lacunes dans ses propositions, mais il est capital qu'Obama occupe la Maison Blanche pour essayer de faire avancer les mentalités sur de multiples sujets dont l'Amérique a encore trop peur.

Pour moi, le contraste qui caractérise les deux candidats est particulièrement ressorti lors du dernier débat télévisé. D'un côté, nous avions un McCain offensif, qui tentait par tous les moyens de tacler Obama sur un autre terrain que celui de son programme. De l'autre, il y avait le candidat démocrate qui ne perdait pas la face, et ne jouait pas sur d'autre sujet que celui de la pure politique. Pour moi, leur optique est complètement différente dans le sens où McCain semble dire "mon passé parle pour moi, élisez-moi", tandis que Obama dit "il y a de l'espoir dans l'avenir, élisez-moi". L'un regarde vers l'avenir, l'autre vers le passé ; lequel doit-on choisir ?

D'un autre côté, il y a les vice-présidentiables. Je crois que l'on ne mesure pas vraiment l'importance de ces candidatures en France. Il est vrai qu'ici, un candidat à la vice-présidence est choisi en fonction du nombre de voix qu'il peut apporter au candidat, et non en fonction des idées qu'il peut apporter. Par exemple McCain venant du Sud-Est a choisi une vice-présidentiable du Nord-Ouest, il l'a également choisi pour le côté chrétien catholique qui lui manquait fermement selon la base républicaine, pour récupérer également certains votes de femmes déçues de la nomination d'Hillary Clinton, ainsi que pour prouver à son parti qu'il est réellement conservateur ; on lui a reproché de ne pas l'être assez, Sarah Palin a forcément amené cela puisqu'elle se révèle même être encore plus conservatrice que le candidat républicain à la présidence lui-même. Quoiqu'il en soit, l'importance de ce choix est ici primordiale puisque McCain a 72 ans, et pas forcément une très bonne santé. Si jamais il venait à passer l'arme à gauche, Sarah Palin serait la première femme présidente des États-Unis ! Mais ici, ce serait pour moi inquiétant. Même si sa personnalité et son image m'attirent beaucoup personnellement, ses idées me révulsent et, comme je le disais, elle se révèle avoir des opinions bien plus radicales que John McCain…

De toute façon, il n'y a plus beaucoup de suspense, et c'est peut-être cela qui est décevant dans cette élection. Même si Sarah Palin tente de jouer sur la corde sensible en prononçant innocemment – et poliment – le nom complet de Barack Hussein Obama pendant ses discours, cela ne changera pas grand-chose. Je ne me mouillerai pas trop en disant que celui-ci sera le quarante-quatrième président des États-Unis. Les sondages le montrent, et un "effet Bradley" tant décrié ne jouera sûrement que sur un ou deux points. Quand je pose la question "qu'est-ce qui peut faire que John McCain soit élu Président à l'heure actuelle ?" à certains professeurs de science politique, ils ne me répondent pas "une bonne guerre" comme certaines personnes du staff républicain l'ont évoqué mais plutôt "des fraudes électorales". Et s'il venait à être réellement élu, il y aurait de sérieux doutes quant à la légalité de cette élection. Ces mêmes professeurs ont notamment évoqué le fait que les machines à voter mises en place par le gouvernement fédéral sont des machines fabriquées par une entreprise qui finance une bonne partie des campagnes républicaines. D'autres ont évoqués l'exemple de l'avant-dernière élection où le parti républicain aurait envoyé anonymement des centaines de lettres à des quartiers pauvres et mal-éduqués, réputés voter démocrate pour leur dire qu'ils ne pourraient plus voter, que leur vote ne serait pas pris en compte et que, par conséquent, il n'était pas la peine de se déplacer.

Le candidat démocrate incarne réellement l'espoir, le renouveau, et pour moi une autre manière de faire de la politique, beaucoup plus pacifiste. Je ne vois donc pas d'autre alternative que celle de Barack Obama.

Enfin, quels sont les modes de militantisme des principaux camps aux États-Unis ? En quoi une campagne politique américaine peut-elle être différente d'une autre en France ?

Aux États-Unis, l'activisme politique est très faible, et le militantisme ne se réveille que ponctuellement tous les quatre ans lors d'élections qui ont de réels enjeux. Au-delà de cela, on ne ressent pas réellement de ferveur politique comme il existe en France pour la politique en général, puisqu'il n'y a en réalité pas de débats d'idées. Je le vois bien dans mes conversations, ou même dans les débats que l'on a parfois en cours ; l'image du candidat passe avant son programme. Dès que l'on dépasse cela et que l'on aborde des problèmes de fond, il y a souvent beaucoup de confusions, comme par exemple lorsqu'un étudiant traite Obama de socialiste (oui, ici, le socialisme est quasiment une insulte), et lorsqu'un professeur répond en donnant une définition du socialisme qui se rapproche fortement de celle d'une dictature communiste.

Ici, on ne vote pratiquement pas pour un programme, mais avant tout pour une personne. Cela explique par exemple que certains supporters déçus d'Hillary Clinton se soit reportés sur John McCain, ou que certains électeurs démocrates ne voteront pas pour Obama parce qu'il est noir. L'image a toujours énormément compté dans toute élection américaine. Et ce depuis longtemps; en 1960, le débat présidentiel a eu lieu pour la première fois à la télévision. Les sondages ont montré que John Kennedy avait gagné le débat. Toutefois, Nixon, qui ne faisait pas du tout attention à son apparence, l'avait gagné, selon ces sondages, pour les personnes qui ont suivi le débat à la radio. Cela montre à quel point l'apparence est primordiale. Nous, Français, cherchons quelqu'un qui puisse gérer une politique interne avant tout selon une certaine idéologie, tandis qu'eux, Américains, cherchent avant tout un bon mari, un bon père de famille, un bon commandant en chef, et quelqu'un qui puisse régler les problèmes d'une société individualiste qui, j'ai l'impression, est adepte du « court-termisme » dans le choix de ses leaders politiques.

par Marc-Henri Duvernet
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Mercredi 13 juin 2007

 



"La question fondamentale en matière de fiscalité est : qui paie ? La TVA sociale est un choix politique, c'est le plus injuste. Or en raison du poids des impôts proportionnels (TVA, CSG…), le système fiscal français est déjà des plus injustes. La TVA représente aujourd'hui 51 % des recettes fiscales contre 17 % pour l'impôt sur le revenu. Les pauvres la paient au premier centime d'euro dépensé pour leur pain quotidien. Les 10 % des ménages les plus pauvres concèdent 8 % de leur revenu au paiement de la TVA. Les 10 % des ménages les plus riches ne lui consacrent que 3 % de leur revenu. La hausse de la TVA rendra l'impôt encore plus injuste en reportant sur les pauvres une part croissante du financement du budget. La justice sociale n'a pas l'air d'être la préoccupation principale du gouvernement : sa politique fiscale marque un retour à l'Ancien Régime.

Malgré la baisse des charges prévue, ni les grandes entreprises, sommées par leurs actionnaires de maximiser leurs marges, ni les PME, étranglées par leurs donneuses d'ordre, ne vont baisser leurs prix. Demander à un restaurateur s'il baissera ses prix si on lui accordait la baisse de TVA qu'il demande de 19,6 % à 5,5 %, il vous répondra non. Croyez-vous qu'il les baissera si on l'augmente ?


Les baisses de cotisations sociales qui se sont déployées depuis 1993, sous l'impulsion d'Edouard Balladur, n'ont aucunement enrayé la "vie chère". Avec une telle mesure, les prix augmentent et provoquent une détérioration du pouvoir d'achat des ménages, ce qui casse la croissance. La hausse de la TVA allemande a déjà relancé l'inflation de 0,5 point et a freiné la consommation intérieure. En apparence, la stratégie allemande est gagnante sur le terrain commercial parce que les industries d'outre-Rhin sont spécialisées sur des créneaux "hors coût" qui leur garantissaient déjà des débouchés mondiaux. La réforme fiscale permet surtout aux actionnaires allemands de bénéficier de dividendes en hausse…

La BCE, dont l'œil est rivé sur l'indice des prix, risque de relever une fois de plus ses taux d'intérêt. La croissance ralentie va amenuiser les recettes fiscales, déjà entamées par les baisses d'impôts directs. Les déficits vont se creuser, justifiant de nouvelles restrictions budgétaires en matière de redistribution, un cercle vicieux s'instaure et les inégalités se creusent.


Si tous les pays européens s'engageaient dans cette stratégie de "désinflation compétitive", le jeu serait à somme nulle. Aucun gain de parts de marché de part et d'autre, mais un marasme économique généralisé qui condamnerait une fois de plus le projet européen auprès des peuples. Des effets positifs sur l'emploi ? On estime à 200 000 le nombre d'emplois créés par ces politiques de baisse de charges salariales depuis une quinzaine d'années, chiffre qui reste très limité."


Liêm Hoang-Ngoc, économiste au CNRS
par M.H.D
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Samedi 10 mars 2007

http://www.itdg.org/images/edu_uk-danger-sign.jpg

Je vous livre ici une aversion politique qui illustre une conception inadaptée du socialisme des lumières. Je croyais avoir entendu que Ségolène Royal portait également cette alliance d'inertie très nettement loin de toutes pensées éclairées et profondément raisonnées.

"François Bayrou s’est opposé au CPE" peut-on lire sur son site, mais c'est le quota UDF au Sénat qui a permis au texte structurel et contesté par les manifestants de passer toutefois... "François Bayrou et l'assouplissement des 35 heures", "François Bayrou et la remise en cause de l'ISF", "François Bayrou et les deux emplois sans charges cotisations sociales"... C'est François Bayrou contre lui-même !
Bayrou, c'est en fait un homme tout seul qui tient son parti, par un pari centriste précaire dans la toute omerta politique.

Rejoindre dans ce cas le Pacte présidentiel, c'est aussi pour Bayrou laisser son projet s'infiltrer dans le nôtre. Qui pourrait donc penser que Bayrou, le bien croyant, pratique la charité politique non négociée ? Est-ce qu'un gouvernement solide, pérenne et apte à gouverner pourra se former ou bien est-ce un retour à la  4ème République avec des gouvernements de moins de six mois ? Qui pourrait souhaiter que Bayrou et le socialisme démocratique cohabitent ensemble ? Pas les socialistes, sur des questions de valeurs, de principes, de combats identitaires et de choix de civilisation, nous ne le pouvons pas.
Les sociaux-démocrates peut-être mais sur des bases qui sont leurs, pas celles des socialistes. DSK plaide pour une gauche social-démocrate alors que d'autres ont plaidé pour une gauche socialiste en leur temps, je plaide pour ma part pour un socialisme de révolution idéologique et idéaliste.
La réalité libérale, nous devons la maîtriser, lui dicter le chemin de l'histoire heureuse par une orientation partisane et déterminée. Pas par un consensus de méthodes, plat, dangereux et structurellement inadapté au raisonnement humain.

Je reste convaincu que tout reste à faire face à Bayrou et Sarkozy dans une élection qui nous échappe par nature. Les socialistes ne sont faits que pour le fond politique, le débat contradictoire et l'émulation idéologique. Car la personnalisation et le démantèlement d'un schéma de réflexions pour chaque citoyen ne sont en rien porteurs d'un choix envers notre camp. Les propositions politiques s'imposeront bien dans le débat avant le second tour ? Enfin, j'ose l'espérer.

 
Interview de DSK, "social et démocrate" (de gauche), par lemonde.fr

"Lorsque François Bayrou a fait de vous un premier ministre potentiel de sa majorité, vous avez laissé dire… Pourquoi ?

Cette question ne se posera pas. Je suis un homme de gauche et l'union nationale, telle que la propose François Bayrou, ferait avant tout l'affaire des extrêmes. La France a besoin d'une majorité de gauche. Pour autant, je trouve que l'on est à la fois trop indulgent par rapport au flou du projet de François Bayrou et parfois trop excessif par rapport à sa démarche.

C'est certes un homme de droite, mais il a donné des signes de rupture par rapport à Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Est-ce que ces signes de rupture en font une solution pour la France ? Je ne le crois pas : en mettant sur le même plan le PS et l'UMP, il est injuste sur le passé et inopérant pour l'avenir. Est-ce que cela en fait le meilleur candidat pour battre Nicolas Sarkozy ? Je ne le crois pas davantage. Il ne peut ni ne veut rassembler l'ensemble de la gauche, or c'est nécessaire pour battre Nicolas Sarkozy.

Ségolène Royal, parce qu'elle n'est pas centriste mais occupe une position centrale, est la mieux placée pour rassembler. François Bayrou devra finir par se déterminer. S'il va jusqu'au bout de sa logique – et je l'y encourage ! –, il se prononcera contre l'alliance avec Nicolas Sarkozy au second tour. Cela fera une belle majorité pour battre Sarkozy et pour changer la France.

Vous suggérez au candidat centriste de rallier Mme Royal ?

Ségolène Royal l'a dit : tous ceux qui rejoindront le "pacte présidentiel" auront vocation à rejoindre le gouvernement et la majorité présidentielle.

Le candidat centriste est donc compatible avec la gauche ?

La ligne de François Bayrou n'est pas une solution, c'est une illusion. Sa progression dans les sondages est la manifestation la plus repérable de l'exaspération des Français devant l'absence de vrais débats sur leurs vrais problèmes. Je les comprends. Remettons les solutions – notamment économiques et sociales – au cœur de la campagne présidentielle : nous verrons si François Bayrou partage les nôtres et, j'en suis sûr, nous l'emporterons.

Vous faites une ouverture à l'électorat centriste ?

Il n'y a pas d'ouverture à faire. Il y a à montrer que la gauche que Ségolène Royal veut incarner, et moi aussi, offre un nouveau visage. J'ai plaidé pour une gauche social-démocrate. Je pense toujours que la solution est là."

par M.H.D
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La victoire à gauche

 

L'être humaniste


"Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l'homme, le respect des autres êtres avant l'amour-propre." Claude Lévi-Strauss



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Si philosopher c'est douter, alors le doute est une claire douleur quotidienne.


Omnia vincit amor
Orbis unum
Sapere aude !


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