Je perçois
régulièrement à différents niveaux, en différents endroits une catégorie d'élus qui tend à être représentative de son espèce. Je concède qu'une fois élu de la République, une fois que l'on choisi
de se porter candidat et que nos projets de vie s'y rattachent ou s'y confrontent, que nos fiertés s'exacerbent, autant en assumer la ligne directrice et garder l'honnêteté d'agir tel que nous
l'avions prévu devant l'ensemble des personnes qui nous ont fait confiance.
Bien sûr que le temps personnel chute et que les journées ne font que vingt quatre heures, mais dès lors que le cumul de différentes activités publiques contraint l'efficacité générale de notre
engagement et a fortiori d'un mandat (qui inclut lui-même des comptes à rendre à ceux qui nous ont investi), rien ne devient exceptionnel en soi, mais commence plutôt à illustrer une
routine dépeignant une mauvaise représentation politique.
Etre représentatif en démocratie durablement pour créer le changement progressiste, impose des choix de vie, une discipline politique, des sacrifices, de la sobriété et de la simplicité.
Pourtant, si tout ne se mêle et ne se confond pas au détriment de l'intérêt général et d'une vision impliquée de la réalité sociale, devenir un enième baron, plus commode et tout aussi ordinaire
que les autres est moins une force que le fait de vouloir prendre le temps de faire éclore de nouvelles générations, de prendre le risque de la confrontation et de l'émulation sur un
territoire. La démocratie ne vivant plus, ne progressant pas. Celle-ci n'est pas un risque, elle est une chance et une valeur à promouvoir largement avec courage et passion. En effet,
j'aimerais rappeler que nous ne sommes que des outils à son service et que l'histoire se construit collectivement. Nous avons tous des rôles, mais nous ne sommes en aucun cas ces rôles.
Notre être est ailleurs. Ces rôles ont été à d'autres générations et passeront encore entre de nouvelles mains, c'est pourquoi en substance, ils ne déterminent pas ce que nous sommes
réellement autant qu'ils ne nous caractérisent pas fondamentalement.
Ce qui est jouissif en fait en société, pour n'importe quel rôle joué à tous les niveaux de l'échelle des contingences, partant du principe qu'une hypothétique disparation de la plus grande
d'entre elles n'éreinte jamais un système entièrement, c'est que l'individualisme ne trouve pas son bonheur lui-même et ne fonde jamais sa réussite sur son unique phénomène agissant. En effet, il
est ficelé à un champ global d'interactions physiques et sociales qui justifie tous les efforts redistributif et solidaire, points de départ pour les émancipations individuelle et collective.
Malgré tout, des individualités issues du monde politique auquel j'appartiens se croient parfois indispensables,
incontournables, forgeant même leurs identité et personnalité par rapport à la chose publique. Toutefois, il est évident qu'il faut toujours avoir à l'esprit en gardant pied à
terre, que nous sommes aussi contingents et que notre vérité, et notre liberté sont à chercher dans d'autres sphères. Alors, redescendons tous au coeur de la réalité
sociale car l'histoire après nous, s'élèvera encore dans ses tourments et ses libertés conquises. C'est pourquoi, ici, l'unité de la contingence illumine la valeur d'égalité en rappelant que
chaque différence a vocation à avoir les mêmes chances d'émancipation quel que soit le rôle que l'on détient, car seules comptent pour nos proches et notre âme, les valeurs fondamentales qui
sont en nous, soit celles qui fondent notre intimité. La raison commune implique bien la pratique citoyenne et le soucis politique, mais ne doit enlever aucunement la conscience de cette situation, car nos rôles respectifs ne
sont que des paramètres sociaux extérieurs à nos êtres. L'existence précède sûrement l'essence, et les convictions ne sont donc vraies que si des hommes conscients de ce rapport y
déterminent leurs actions.

Si j'avais pu fêter en
grandes pompes le deuxième anniversaire du mouvement Stop-CPE et donc celui de mon investissement dans ce mouvement social qui m'aura beaucoup apporté, je l'aurais fait évidemment dignement, en y
mettant les moyens nécessaires pour se souvenir du temps où les choses vibraient derrière les appels, se galvanisaient derrière les paroles et réussissaient à gagner l'esprit et le coeur de la
jeune génération et du peuple français en général par l'idéologie en mouvement. L'idéologie au coeur de la gauche, l'idéologie au coeur du progrès.

Bafouilles